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Le PS cherche sa voie un an après la défaite

De Solferino à Ivry, le PS cherche sa voie un an après la défaite. Jonathan Dupriez et Marie Deteneuille.

Marie Deteneuille (artiste), Jonathan Dupriez (rédacteur)

 

Le 23 avril 2017 marque la fin d’un cycle. Le PS, emmené par Benoît Hamon est sèchement battu au premier tour de l’élection présidentielle avec 6,36 % des voix. S’ensuivent les législatives où le parti connaît un nouveau revers historique avec 30 députés élus, soit près de dix fois moins qu’en 2012. Toujours groggy par cette déroute, les socialistes cherchent un nouveau souffle derrière le nouveau premier secrétaire, Olivier Faure. Mais la pléthore de chantiers ouverts reste peu audible et les divisions larvées.

 

Avec des photos et des témoignages recueillis au nouveau siège du PS à Ivry-sur-Seine par Marie Deteneuille et Jonathan Dupriez.

« Je trouve que cet espace a de la gueule », s’enthousiasme un employé du 99, rue Molière à Ivry-sur-Seine. Sous les verrières de l’open space, on croirait voir un agent immobilier déambuler dans un loft. « Je vais faire comme si vous étiez un fournisseur, histoire que personne ne me demande qui vous êtes », prévient l’homme d’une cinquantaine d’années, vacciné par ses rencontres avec les quelques journalistes qui se sont aventurés près des locaux ces derniers jours. L’intérêt soudain pour cette ancienne manufacture ivryenne de 1 200 m2 n’est pas dû au hasard. L’endroit qui abrite des PME et des espaces de coworking a été choisi par Olivier Faure, le nouveau premier secrétaire du PS, pour y établir le nouveau siège du parti. « S’ils sont une cinquantaine d’employés, avec le sous-sol, les deux étages, ils auront la place de faire ce qu’ils veulent, ici », pronostique l’habitué des lieux. Le toit du bâtiment a été transformé en une confortable terrasse fleurie. Ambiance startup. Seule ombre au tableau, ce petit écrin de verdure donne sur la cuisine « d’une voisine roumaine qui fait souvent griller des steaks », regrette notre guide.
À l’extérieur, le nom des rues alentours rappelle qu’Ivry-sur-Seine est un bastion communiste depuis 1925. Pour se rendre au nouveau siège du PS, on peut donc emprunter la « rue Lénine » ou traverser le parc « Maurice Thorez ».

De Solferino à Ivry, le PS cherche sa voie un an après la défaite. Jonathan Dupriez et Marie Deteneuille.

La zone, autrefois ouvrière, se mue pas à pas en un quartier de bureaux où seuls quelques commerces ont tenu bon, dont un salon d’esthétique et le restaurant-bar-tabac de M. Cheng. Le propriétaire de « Village Délices », d’origine cambodgienne, espère que la venue du PS pourra « dynamiser la vie de quartier ». Il assure toutefois n’avoir encore vu aucune tête connue du parti franchir la porte de sa cantine. Logique, le Conseil national du PS vient seulement d’officialiser sa venue à Ivry. Quant à l’inauguration des nouveaux locaux, elle se tiendra le 21 septembre. En attendant, M. Cheng trépigne d’impatience à l’idée de régaler les socialistes de ses fameux bobuns. « Moi, ça me fait rien du tout, je m’en fous », grommelle Mathieu, un habitué du bar, un demi à la main. « C’est qui déjà le PS ? », demande un autre client, taquin. Dehors, sur la terrasse, quelques habitués déjeunent. Xavier, un architecte du quartier se délecte de ses vermicelles de riz au soleil. « C’est assez cocasse quand même que le PS s’installe dans une ville communiste », commente-t-il, entre deux bouchées. Aux dernières élections présidentielles à Ivry, Jean-Luc Mélenchon est arrivé en tête avec 40 % des suffrages, devant Benoît Hamon avec 9 %. Pour sûr, Ivry n’est pas un symbole de la bonne santé électorale du PS. Mais cette implantation prochaine du parti donne cependant du baume au coeur à certains élus locaux socialistes qui saluent « une vraie rupture avec le précédent siège ». À l’image de Sandrine Bernard, présidente du groupe PS au conseil municipal d’Ivry dans l’opposition. Elle note la « cohérence » de la démarche d’Olivier Faure soucieux, selon elle, de s’ancrer davantage « au coeur de la réalité des Français ». 

De Solferino à Ivry, le PS cherche sa voie un an après la défaite. Jonathan Dupriez et Marie Deteneuille.

Changer de siège, un pari risqué

Si une poignée d’Ivriens attendent impatiemment l’arrivée du PS, les socialistes s’entre-déchirent depuis des mois à propos du franchissement du périphérique. « Une connerie. Pendant qu’ils y sont, ils n’ont qu’à s’installer en Ardèche ! », pestait Stéphane Le Foll dans Challenges. « Le Foll s’enferme dans un rôle de Schtroumpf grognon », recadre immédiatement un hollandais toujours au PS, pour qui le déménagement « n’a aucune importance ». Luc Carvounas n’arrive pas non plus à se résoudre au changement et dénonce une décision « verticale ». En outre, le député du Val-de-Marne déplore dans les colonnes de L’Opinion, le prix de vente du siège historique, selon lui, « plus proche du prix plancher, que du prix plafond ». L’hôtel particulier de la rue de Solférino a été vendu 45,5 millions d’euros à un magnat de l’immobilier commercial. « Les nouveaux locaux d’Ivry devraient coûter sept millions d’euros, travaux compris », précise Romain Colas, le directeur de cabinet d’Olivier Faure. Aussi faut-il mentionner le plan de licenciement auquel a été contraint le parti, obligé de se séparer de 67 de ses 120 permanents. Ces mesures radicales devraient toutefois permettre aux socialistes de se remettre financièrement à flot pour les prochaines échéances électorales. « On s’est retrouvés face à une contrainte économique », admet Rachid Temal, sénateur du Val-d’Oise ayant supervisé la vente. « Sur les cinq prochaines années, la baisse de notre dotation représente 100 millions d’euros, donc soit nous considérions que l’argent devait être mis prioritairement sur l’action politique, soit sur le bâti ».

De Solferino à Ivry, le PS cherche sa voie un an après la défaite. Jonathan Dupriez et Marie Deteneuille.

« Quand on fait 6 % on change tout ou on meurt »

 

« Le fonctionnel plutôt que l’ostentatoire » est donc le choix d’Olivier Faure, n’en déplaise à certains cadres du parti : « Quand on fait 6 %, on change tout ou on meurt », avait-il tranché sur BFM-TV. Cette rupture n’en demeure pas moins risquée pour amorcer la « renaissance » sur laquelle il a été élu au dernier Congrès. Car Solférino n’est pas accessoire dans l’histoire du PS, établi là depuis 1981. Avec l’arrivée de François Mitterrand à l’Élysée, l’hôtel particulier en pierre de taille devient un emblème de la victoire, à tel point que la « Rue de Solférino » sera pour des décennies, la métonymie employée par la presse pour désigner le parti tout entier. Franchir le périphérique marque aussi, de fait, un éloignement des socialistes du centre névralgique du pouvoir national. « C’est la manifestation du déclassement organisationnel du PS », analyse Rémi Lefebvre, chercheur à l’Université Lille-II et spécialiste du parti. Selon lui, en domiciliant le PS en banlieue parisienne, Olivier Faure espère renouer avec un l’électorat populaire perdu depuis des années. « Ce serait prendre les Français pour des cons », tempête Rachid Temal. « Ce n’est pas en faisant semblant d’être populaire ou de s’implanter dans un quartier populaire que l’on est populaire. » Le sénateur du Val-d’Oise préfère regarder vers l’avant : « Le siège n’intéresse pas les Français, c’est ce que nous proposons et comment nous allons construire l’avenir avec eux qui compte. »

 

Quelle ligne politique ?

 

Malgré cet important bouleversement à venir, difficile de définir clairement la ligne politique adoptée par le PS depuis la défaite. « Comment intellectuellement peut-on arriver à considérer que le fait de changer de lieu, ça change la politique ? » lançait, provocateur, Stéphane Le Foll sur Public Sénat. Même dans les rangs du parti, chacun y va de sa propre définition. « Le PS est à gauche et dans une attitude responsable, sérieuse et équilibrée, pas dans l’outrance et le show », explique Sébastien Denaja, ancien député de l’Hérault, désormais en charge de la question des institutions et de la démocratie au Parti socialiste. Le député européen Emmanuel Maurel préfère, lui, demander « une clarification sur la ligne » adoptée par Olivier Faure qu’il juge parfois « trop nuancé », rapporte l’AFP. En parallèle du Conseil national du PS le 9 juin, Emmanuel Maurel s’est même lancé dans la promotion d’un nouveau mouvement « pour rassembler la gauche républicaine dans son ensemble ». L’intéressé se défend toutefois d’être un transfuge en puissance. Un moment de flottement plutôt malvenu alors que le PS est en plein chantier. Ces divergences entre les huiles du parti, l’entourage du premier secrétaire espère ne pas les voir se transformer en « opposition stérile » au gouvernement, l’apanage du FN ou de la France Insoumise, selon eux. La nouvelle direction du PS préfère insister sur la « logique de propositions » ouverte grâce aux « chantiers de la renaissance ». Pour Pierre Jouvet, secrétaire national en charge du développement et de la structuration du PS, « il faut sortir des vieux jeux d’appareil qui ont sclérosé le parti et des postures pour que les Français puissent très clairement identifier l’espace politique du PS ».

De Solferino à Ivry, le PS cherche sa voie un an après la défaite. Jonathan Dupriez et Marie Deteneuille.

Le PS, qui semble quelque peu déboussolé, paie toujours la facture politique salée de la fin du quinquennat Hollande. À l’époque, le parti se déchire autour de la potentielle candidature et du « bilan » du Président le plus mal-aimé de la Ve République. Il y a aussi le cas Manuel Valls se jetant à corps perdu dans la primaire, la course à l’Elysée tardive de Benoît Hamon, repoussoir pour certains caciques du PS qui voient en lui une candidature clivante, incapable de rassembler la gauche. Les socialistes sortent aussi très affaiblis d’une guerre de tranchées de quatre ans entre les « frondeurs », dont faisait partie Benoît Hamon, et le gouvernement. Les courants du parti se sont ainsi retrouvés plus divisés que jamais, laissant aux électeurs une grille politique quasi illisible avant les scrutins de 2017. Des responsables PS de premier plan se mettent délibérément à lâcher Benoît Hamon, d’autres décident de rallier Emmanuel Macron, l’hémorragie est totale et les militants sont désorientés. Jean-Yves le Drian, Manuel Valls, Bertrand Delanoë, des poids lourds de la sociale-démocratie cèdent aux sirènes d’En Marche ! Siphonné par le mouvement d’Emmanuel Macron sur son aile libérale avant les élections, le PS a dû limiter les dégâts sur sa gauche une fois la sanction des urnes tombée. Le 1er juillet 2017, Benoît Hamon lance Génération.s, un mouvement concurrent du PS qu’il vient de quitter. Il pourrait représenter un danger pour les socialistes, notamment lors des élections européennes. Enfin, il reste la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon dont l’omniprésence médiatique n’aide pas le PS à occuper un rôle d’opposant de taille face à Emmanuel Macron. Un an plus tard, le Parti socialiste est tenaillé de toutes parts sur l’échiquier politique.

 

Les militants : pierre angulaire de la reconstruction

 

Sur son compte Twitter, un cliché a surclassé tous les autres pour devenir sa photo de profil. Malek Scalbert, fraîchement élu au poste de premier secrétaire fédéral du Mouvement des jeunes socialistes du Val-d’Oise, pose fièrement aux côtés d’Olivier Faure au Congrès d’Aubervilliers. Sourire en coin, le nouveau dirigeant du parti tend l’index vers son jeune protégé de 22 ans en signe de confiance placée dans la relève. Malek Scalbert, militant invétéré et fan de football, aime faire des analogies entre le PS et le leitmotiv du président de l’Olympique de Marseille : « Dire c’est faire rire, et faire c’est faire taire. » S’il n’était pas « fauriste » de la première heure, il avoue avoir été sensible aux gestes du nouveau patron du PS souhaitant faire monter « de nouveaux talents » pour renouer avec la base. « On parle même d’intégrer des militants au Conseil national, c’est le bon chemin pour reconstruire le parti », commente-t-il. L’autre enjeu pour Olivier Faure sera d’éviter une nouvelle hémorragie de la base, tentée de basculer vers La République en marche (LREM) ou chez Benoît Hamon. Car en dix ans, le nombre de militants PS a fondu comme neige au soleil. Il revendiquait 260 000 militants à jour de cotisations en 2007. Selon le dernier chiffre avancé par l’un des principaux cadres du parti, ils seraient désormais 102 000. Et seuls 37 000 sont allés voter lors du dernier Congrès. Pour redonner envie, la nouvelle direction du PS vient de lancer une plateforme en ligne, « La ruche socialiste », pour faire remonter les attentes et les idées des militants aux décideurs. L’idée est « d’avoir une information plus souple et plus fluide entre les militants, les territoires, et les dirigeants du PS », explique Pierre Jouvet, en charge du dossier.

 

Selon son entourage, Olivier Faure est donc pleinement engagé dans son travail de reconstruction du parti. « On rallume la lumière étage par étage », se félicite-t-il auprès de l’AFP. Toutefois, cet acharnement à la tâche est encore imperceptible aux yeux du grand public.

 

« Pour incarner le renouveau, il faut être nouveau ! »

Rien ne vaut une grand-messe cathodique pour conquérir le coeur des Français. Son baptême du feu télévisuel, Olivier Faure le vit le 17 mai 2018 sur France 2. Invité de L’Émission politique, le premier secrétaire sort de l’ombre à grand renfort de punchlines. Mais ce coup de projecteur en prime time ne lui suffira toutefois pas à « imprimer » auprès des Français. À l’issue de l’interview, le sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour franceinfo et Le Figaro tombe comme un couperet. Seuls 10 % des sondés déclarent avoir une bonne opinion d’Olivier Faure alors que 62 % préfèrent ne pas s’exprimer car ils « ne le connaissent pas suffisamment ». « Pour incarner le renouveau, il faut être nouveau », défend un cadre convaincu que le patron du PS « ne s’imposera pas dans le paysage médiatique en quinze jours ». Depuis son élection, Olivier Faure enchaîne les apparitions médiatiques mais certains de ses camarades, à l’instar d’Emmanuel Maurel, lui reprochent de manquer de « tonicité dans l’incarnation de l’opposition ». Il faut dire que l’ancien Président ne lui facilite pas la tâche. Omniprésent dans les médias et sur le terrain pour promouvoir son livre, Les leçons du pouvoir (Éditions Stock), François Hollande multiplie les sorties et les Unes de journaux. Ses moindres saillies à l’encontre d’Emmanuel Macron sont guettées. Les chaînes d’information en continu frémissent quand survient une petite phrase. À cela s’ajoute l’agenda international de l’ancien chef d’État. François Hollande continue de parcourir le monde tambour battant. Entre une visite auprès du dirigeant chinois Xi Jinping, un forum économique au Kazakhstan, sa nouvelle vie brouille la communication d’Olivier Faure. « Ça doit être très encombrant pour l’actuel premier secrétaire », lance avec perfidie, fin avril, l’ancien candidat PS à la présidentielle Benoît Hamon sur BFM-TV.

De Solferino à Ivry, le PS cherche sa voie un an après la défaite. Jonathan Dupriez et Marie Deteneuille.

Parasitage

 

Pourtant, ce retour en grâce du Président le plus mal-aimé de la Ve République n’était pas totalement imprévisible. François Hollande avait pris le soin de ne jamais officiellement laisser entendre qu’il renoncerait à la vie politique après son mandat. « En politique, quand on est aussi jeune, on a toujours une idée derrière la tête », s’amuse Sébastien Denaja, longtemps « porte-parole officieux » de la « non-campagne » de l’ancien Président .« Il est dans la vie politique, c’est normal qu’il s’exprime, c’est assez stupéfiant ce qu’il vit en ce moment. » L’entourage d’Olivier Faure dément tout « parasitage » de la part de l’ancien chef de l’État et préfère le cantonner à un rôle honorifique. « Avoir dans nos rangs et dans nos cadres, un militant qui est un ancien Président et qui s’appelle François Hollande, c’est aussi ça qui fait de nous un grand parti », fait mine de se réjouir Pierre Jouvet. Reste à savoir si l’ex-chef de l’État fera un bon allié de circonstance en vue des élections européennes, le premier vrai test électoral du PS en reconstruction. À l’approche de juin 2019, les premiers couteaux s’aiguisent, les ambitions s’affirment, mais les choix d’Olivier Faure patinent. Christiane Taubira et Najat Vallaud-Belkacem ont d’ores et déjà décliné sa proposition d’être têtes de liste, tandis que Pierre Moscovici avance ses pions, malgré les réticences de certains de ses camarades. Plus surprenant, le nom de Christian Eckert circule. L’ancien secrétaire d’État au Budget de François Hollande dit être « disponible » et ne « s’interdit rien ». Par sûr que cet inconnu du grand public ne mette davantage le PS en lumière sur les questions européennes. Et surtout, d’incarner la « renaissance » tant espérée. Ce serait en tout cas un signe supplémentaire du retour de la hollandie sur le devant de la scène socialiste, au moins le temps d’une campagne.

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